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Courir d’un théâtre à l’autre dans les rues chaudes d’Avignon (parfois très chaudes) en juillet, passer d’un spectacle hilarant à un autre plus grave évoquant notre monde en fureur ou courant à sa perte, écouter des chansons tristes, voir avec délice un spectacle de flamenco, découvrir des auteurs inconnus, en redécouvrir d’autres, peu ou mal connus, traverser des rues bondées de gens heureux, gais, échangeant sur les spectacles qu’ils ont adoré, laisser passer les saltimbanques tonitruants annonçant leurs spectacles à la cantonade. 
Les rues sont aussi pleines de senteurs issues de restaurants aux terrasses débordantes. Ici on mange international : Érythréen (très bon, on habite au-dessus), grec, français de souche, asiatique, pizzas à la découpe, couscous, kebabs, etc. Je ne sais pas d’ailleurs comment les restaurants se débrouillent avec tout ce monde, mais on mange vite et bien et à des prix raisonnables. Les serveurs sont souriants et empathiques.
Les voies médiévales sont recouvertes d’affichettes multicolores d’annonces de spectacles. Elles sont presque toutes réalisées avec soin : graphismes des textes, belles photos assez grandes pour attirer le regard. Elles  sont collées, attachées sur les murs par milliers : 2700 spectacles à promouvoir, des centaines d’artistes, de comédiens, de musiciens, d’acrobates, de jongleurs… (un million et demi de tickets vendus).
Dans les avenues, se pressent aussi les programmateurs venus de toute la France pour faire leur marché et acheter les spectacles qui seront joués durant l’année un peu partout. Ils sont essentiels, c’est grâce à eux, la culture se propage dans toutes les régions de France et que les troupes naissantes se font connaître. Il y a aussi les journalistes comme moi qui en quelques jours ne peuvent pas tout voir, aussi les choix se font comme ils peuvent : des articles de journaux lus dans le Canard Enchaîné, Télérama, sur la presse professionnelle, etc., des bruits de couloirs, des conseils d’amis… On espère toujours ne pas rater l’exception, l’extra-ordinaire, mais ce n’est pas possible. Au petit bonheur la chance, souvent. Quelquefois aussi on se doit d’encourager des amis comédiens.
J’ai la chance d’avoir comme amie Dominique Lhotte qui assure avec son organisation Ace & Co la promotion d’artistes, de metteurs en scène, d’auteurs. Elle nous recommande chaque année plus de spectacles qu’on pourrait voir. Ce sont ses coups de cœur, ceux qu’elle a choisi de défendre (une quarantaine quand même). Il faut la voir dans son « salon-saloon » entourée de jeunes stagiaires, futurs attachés de presse qu’elle forme. Il faut faire circuler les articles dans les réseaux, sur les journaux. Un rythme d’enfer, mais ils apprennent vite et aiment ce qu’ils font. Ils ont vu presque tous les spectacles et savent en parler. Ils vous attendent à chaque théâtre avec vos places.
Cette belle ville gothique d’Avignon se transforme pour plusieurs semaines en un lieu festif, une cité du théâtre, de la danse, du spectacle vivant, très vivant. On se dit que c’est trop beau. La vie, la ville, les villes devraient toujours être comme ça, des lieux de convivialité et de plaisirs partagés. 
Cet après-midi, j’ai beaucoup ri dans le spectacle : « Trois contes et quelques » du groupe Merci. J’ai pleuré ensuite en écoutant les chansons émouvantes de Piaf revisitées par Nathalie Romier. Toute la salle a repris : « Allez, venez Milord », « Moi j’essuie les verres au fond du café », « Paname », etc.  Je ne me rappelais plus la beauté et la simplicité de ces textes, souvent des petites histoires tristes bien tournées (en trois minutes). Qu’elles sont belles ces chansons !
Hier, on a vu à la suite une pièce de Corneille, une comédie en alexandrins, un pastiche d’Electre, le journal de captivité de Jean Zay qui nous a plongé dans les affres de la guerre et du nazisme, suivi par des moments tendres de la vie de Colette ou d’Arletty… Tout se mélange et tout s’inscrit dans nos mémoires (elles ont qu’à faire le tri, c’est leur boulot).
J’ai de plus la « chance » de devoir écrire sur les spectacles que j’ai vus, ce qui m’oblige à me documenter et d’en apprendre plus sur les vies de Jean Zay, de Colette, de Corneille ou d’Arletty. Les images des spectacles me reviennent alors à l’esprit et en les décrivant, je les revois.
De retour dans l’appartement loué en plein cœur de la ville, rue de la Carreterie, on prend un peu de repos entre deux spectacles, de nombreuses douches quotidiennes, on mange quelques pâtes (sucres lents), des fruits, et on repart.
Chaque année en Avignon est présentée une grande et belle exposition au Palais des Papes. Cette année, c’est la regrettée Miss Tic que j’ai croisée il y a longtemps et que j’ai ratée (elle est décédée trop jeune, trop tôt) pour mon film sur les steetartistes et Ernest Pignon dont elle était l’amie. Même si j’ai beaucoup de critiques à faire sur l’accrochage et la scénographie, voir un tel ensemble de ses œuvres réchauffe le cœur et l’esprit. Quelle grande poètesse ! Quel sens aigu des mots (voir mon article à venir).
Avignon est essentiel.


Théâtre du Girasole
Le Menteur
Un texte de Pierre Corneille

Comme son titre l’indique, tout commence quand ce grand menteur de Dorante arrive à Paris et s’invente une carrière militaire pour éblouir deux jeunes femmes. À partir de là, il s’enferre dans un imbroglio de mensonges qui donnent naissances à de nouvelles affabulations qu’il assume plus ou moins bien
Corneille a signé là une de ses pièces les plus humoristiques, restée assez peu connue. 


Le menteur est une fête théâtrale tourbillonnante où tous les personnages sont dupes, y compris le menteur. Alexandre Bierry est d’une énergie folle. Accompagné de Stéphane Bierry, Benjamin Boyer, Brice Hillairet, Marion Lahmer, et Mathilde Riey, tous sont étourdissants et on rit beaucoup

Adaptation et mise en scène Marion Bierry,
Décor modulable et très sympa de Nicolas Sire
Costumes : Virginie Houdinière, assistée de Laura Cheneau 
Lumière : Laurent Castaingt



Heureux les orphelins
Théâtre des Gémeaux

Oreste, conseiller ministériel prêt à toutes les compromissions, retrouve sa sœur
Electre au chevet de leur mère mourante. Electre désire régler de vieux comptes issus de non-dits qu’Oreste tente d’esquiver mais elle ne le lâche pas et tente de mettre des mots à la place du silence qui tue.


Inspirée par la pièce de Giraudoux qui réinterpréte le mythe antique d’Electre, la « Compagnie hors du temps » le revisite à son tour en l’actualisant. Sont traités la trahison des politiques sur le glyphosate ou les soins palliatifs. 

Les textes sont bien écrits et créatifs et se partagent entre la tragédie antique et une comédie de mœurs particulièrement satyrique.


Texte et mise en scène de Sébastien Bizeau d’après Jean Giraudoux 
Avec Emmanuel Gaury, Matthieu Le Goaster, Paul Martin, Cindy Spath, Maou Tulissi


Momentos
Théâtre Girasole
Création Flamenca de Valérie Ortiz

Un grand moment de flamenco au delà des formes classiques, où tout est mis en œuvre pour créer des ambiances musicales différentes selon les scènes.
Chaque musicien a son moment de lumière : superbe prestation du batteur, du guitariste, de l’accordéoniste ou du chanteur à la voix vibrante et émouvante.


Valérie Ortiz est une flamenca hors pair, une silhouette rouge et noire mise en valeur par les lumières qui éclairent son corps sculpté par la danse. Elle réapparaîtra toujours superbe dans une tenue dorée, puis dans celle plus classique d’une robe colorée à volants.
Deux autres danseurs l’accompagnent, leurs claquettes et castagnettes résonnant et rythmant des musiques élaborées.
“Le spectacle est une invitation à une introspection poétique, une exploration de notre monde intérieur rythmée par la musique et la danse“. Un bonheur.


Danse : Felipe Calvarro Valérie Ortiz Carlos Escudero
Chant : Jésus Carceller
Accordéon : Jeremy Naud
Guitare : Paul Buttin Jésus Carceller
Percussion l Alexis Sebileau
Créateur lumière : Matthieu Durbec

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